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Guerre, stratégie, puissance

Publié le par Franck Marre

Guerre, stratégie, puissance
Par Pierre HASSNER*, le 11 novembre 2011

 

Spécialiste français de relations internationales, directeur de recherche émérite au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de la Fondation nationale des sciences politiques

 

Pierre Hassner nous livre une réflexion générale sur les notions de guerre, de stratégie et de puissance et sur les rapports complexes qu’elles entretiennent au début du XXIe siècle. A la lumière des engagements récents de la France, il les réinterprète en montrant combien la combinatoire actuelle requiert le sens du bon voisinage, la volonté d’équilibre et de compromis pour préserver ce qu’il ne nomme pas mais qui est au coeur de l’identité : la liberté de choisir son propre destin.

Dans le cadre de ses synergies géopolitiques, le Diploweb.com est heureux de vous présenter un article de Pierre Hassner, "Guerre, stratégie, puissance", publié dans le n° 743 de la Revue Défense Nationale, octobre 2011, pp. 9-16.

Guerre

LA GUERRE est-elle morte ou en voie de résurrection ? Absente ou présente ? On ne peut que répondre à chacune de ces questions : « Les deux, mon capitaine ! ». Jamais la formule de Clausewitz, « La guerre est un caméléon qui change de nature à chaque engagement », n’a été aussi vraie.

Il y a une guerre qui est certainement morte, c’est celle qui commence par une déclaration de guerre d’un État contre l’autre et finit par un traité de paix. Une autre est difficilement pensable, bien que l’affirmer écartée pour toujours contribuerait à la rendre moins complètement improbable, c’est la Troisième Guerre mondiale, dont la crainte a dominé la guerre froide et, encore plus, une guerre entre États occidentaux. On n’imagine ni l’une ni l’autre déclenchée de sang-froid par un « Pearl Harbor » atomique.

Mais, la Chine et les États-Unis sont engagés dans une compétition militaire déclarée, à tous les niveaux. Tout porte à espérer qu’elle ne dégénérera pas en guerre ouverte, à propos de Taiwan ou d’un autre enjeu, et que la dissuasion et les intérêts économiques joueront leur rôle pacificateur mais nul ne peut le garantir.

Entre d’autres puissances, la Chine encore, l’Inde, le Pakistan ou les deux Corées, voire le Japon, la guerre possible commande les dispositifs stratégiques. Là encore il y a fort à parier que, si hostilité il y a, elles se borneront à des attaques plus ou moins indirectes et non revendiquées (comme les attentats de Bombay) ou à des épisodes limités comme la guerre du Kargyll. Mais nul ne peut garantir l’absence de représailles et d’escalade, surtout, par exemple, en cas (parfaitement envisageable) de troubles mettant en cause l’unité du Pakistan et son armement nucléaire. Il va sans dire également que les conflits centrés sur Israël et sur l’Iran, ont plus de chances de prendre la forme d’attentats et de sabotages que de guerre proprement dite, mais, une fois de plus, nul ne peut le garantir. Dans tous ces conflits, la France et l’Europe ne sont pas aux premières loges, même si elles sont impliquées par leurs alliances ou par leur souci de la sécurité internationale.

Personne ne menace directement la France de lui faire la guerre. En revanche, qu’on les appelle « guerres » ou pas, toute sorte de conflits violents ou porteurs de violence à terme qui brouillent les distinctions entre guerre et paix, entre le public et le privé, entre l’économique et le politique, peuvent franchir les frontières ou engager l’action de ses forces militaires.

Ils vont du terrorisme, de la piraterie maritime et des mafias transnationales en passant par les révolutions et les guerres civiles qui la sollicitent, en mettant en cause ses ressortissants ou ses intérêts ou tout simplement ses valeurs et ses solidarités, et en entraînant ses propres actions en réponse : intervention humanitaire, action de stabilisation, maintien ou imposition de la paix, « responsabilité de protéger », etc. Il faut y ajouter le dernier né, la guerre cybernétique où, comme tous les États, elle se trouve aux prises à la fois avec des États, des groupes, des individus dont la caractéristique est d’être non déclarés et difficilement identifiables.

 

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